L’été sera chaud, l’été sera beau de la Côte d’Azur à Saint-Malo. Enfin beau… Ça n’aura échappé à personne, à part les complotistes climatosceptiques, nous venons de traverser la canicule de printemps et la première canicule de l’été. Nous avons toustes bien compris qu’il faut boire de l’eau, nous avons même eu une infographie de l’État pour nous apprendre à boire dans un verre d’eau (propre). Appelez-nous cons, on gagnera du temps.

Les causes du réchauffement climatique (ou effondrement climatique) sont connues. Cela fait des décennies que les scientifiques publient des études et s’arrachent les cheveux à expliquer que nous sommes en train de saccager le vivant au profit du capitalisme. Un capitalisme qui a la solution : achetez des clims si vous en avez les moyens, des ventilateurs si vous êtes pauvres et une bouteille en plastique remplie d’eau si vous êtes à la rue. Ils sont le problème, ils auront la solution! Ils nous vendent donc des objets en tout genre pour espérer ne pas crever.

Pendant ce temps, les prolétaires travaillent dehors en plein cagnard, dans des salles de classe surchauffées, dans des hôpitaux à plus de 40°C. Car « on ne va pas mettre le pays à l’arrêt ». On pourrait pourtant, rien n’implique de refaire le bitume, de faire passer des examens qu’on peut décaler, de bosser à la caisse d’un supermarché toute la journée. Rien sinon les profits, les budgets, l’agenda et les règles des patrons et de l’État, soit de gens qui ne bossent pas. Si on a pu pendant le COVID, on peut le refaire pendant deux semaines de canicule. Arrêter de produire, transporter et consommer tout et n’importe quoi, ça fera du bien au vivant.

Et dans ce vivant, il y en a dont on a entendu parler. Des individus présentés comme des marchandises, des stocks, du pognon ambulant. On estime pour cette semaine de canicule de juin, entre un et trois millions de poules, canards et autres oies morts. Les cadavres de ces oiseaux domestiques, vaches, cochons, lapins et autres cervidés (élevés pour la chasse), sont si nombreux que les services d’équarrissage sont saturés. Les autres sont transportés à la hâte vers les abattoirs pour être massacrés à la chaîne et ne surtout pas perdre d’argent. Les médias parlent de “baisses de production” et de “pertes économiques”, en ignorant qu’il s’agit d’animaux sentients, qui souffrent de la chaleur bien plus que nous. Pour elles et eux, la canicule vient s’additionner à une vie passée dans l’urine et les excréments, sans liberté, en ne voyant pour beaucoup jamais la lumière du soleil. Du masturbateur de taureau ou de cochon à la mise à mort, leurs vies ne servent qu’à faire des profits. 

Profits qui participent grandement au chaos climatique actuel puisque l’Institute for Climate Economics évalue à 18 % la part de l’élevage dans les émissions de gaz à effet de serre, qui selon Worldwatch Institute équivaut plutôt à 51 %. Car, si l’argument du refus de toutes, vraiment toutes les dominations ne fonctionne pas, même à gauche et chez les libertaires, peut-être que ceux de l’écologie et du néocolonialisme qu’est l’élevage prendront. 

L’élevage pollue les nappes phréatiques et s’approprie des terres au détriment des forêts ou des cultures destinées à la consommation humaine. On parle de 70 % des surfaces agricoles mondiales, le reste étant dédié à la consommation humaine. Car l’élevage nécessite du soja, du maïs, du colza, etc. qui, bien souvent OGM, sont importés de pays qui, comme ceux d’Amérique du Sud, répandent des pesticides qui tuent les populations locales tout en leur volant leurs propres terres agricoles. Les tourteaux de soja importés seront ensuite coupés avec des résidus de pétrole pour engraisser les animaux. En outre, les conditions d’élevage, parce qu’elles sont hostiles au vivant, nécessitent de gaver les animaux d’antibiotiques qui aujourd’hui déjà sont la cause d’antibiorésistances qui, si elles ont un impact modéré en Europe, tuent déjà en Afrique et en Amérique du Sud. Enfin, il est à rappeler que les employés d’abattoir sont majoritairement des personnes racisées, qu’il s’agit des métiers les plus touchés par la consommation de drogues (alcool compris) et qui ont le plus haut taux de suicide. L’exploitation des animaux repose sur une exploitation néocoloniale, raciste et écocidaire.

Si nous préconisons ardemment une révolution afin de sortir urgemment du capitalisme afin de pouvoir rester en vie, nous sommes conscient-es que le grand soir, c’est pas pour tout de suite. Toutefois, la lutte paie. Nous appelons à un sursaut antispéciste et donc vegan* afin de lutter contre toutes les exploitations et contre tous les systèmes de domination. 

* Les poules dites « plein air » sont élevées dans des bâtiments dans lesquels la densité maximale autorisée est de 9 poules/m² (6 poules/m² en bio). Les poussins mâles, car ils ne font pas d’œufs, sont broyés à la naissance. L’industrie laitière impose elle aussi une sélection. Elle ne garde que quelques mâles utilisés pour leur sperme, les autres étant tous tués quelques jours après la naissance pour faire de la viande. L’industrie des produits laitiers, comme celle du cuir, impose de tuer des animaux. D’autant plus pour les fromages où l’on va chercher le lait des bébés dans leur estomac pour accélérer la maturation. 

L’Envol, le 02/07/2026.