Un dernier petit espace naturel en Gironde ? Quelques hectares épargnés par le tout béton en bord de Garonne ? Une zone humide riche en biodiversité ? Quoi de plus normal que de vouloir y implanter une méga usine de fabrication/recyclage de batteries électriques !
Lancé en 2024, le projet de méga usine de la société EMME prévoit de détruire 33 hectares d’espace naturel pour construire une usine de transformation/recyclage de nickel et de cobalt, éléments essentiels dans la fabrication de batteries électriques. Or il n’aura échappé à personne que la France métropolitaine ne dispose d’aucune mine de nickel ou de cobalt. Il s’agit donc de transformer du minerai extrait en Nouvelle-Calédonie, en RDC ou au Brésil avec les conséquences écologiques catastrophiques que l’on connait déjà, réaliser le transport par bateau et utiliser des produits chimiques dangereux pour transformer ces minerais génotoxiques et écotoxiques. Heureusement que ce projet fait partie de la gigantesque farce au greenwashing qu’est « plan France 2030 » et qu’il a reçu une déclaration de « Projet d’intérêt national majeur » des mains de ce cher François Bayrou la veille de son départ de Matignon…
Ce plan génial nous vient d’Antonin Beurrier. Sorti tout droit de l’ENA, passé par le comité exécutif du groupe Aéroport de Paris et par la direction de la filiale brésilienne de Vale en Nouvelle-Calédonie, il fonde l’entreprise EMME en 2023 et annonce son super projet quelques mois après. Le nom de Vale ne vous dit rien ? Peut-être qu’en parlant des nombreuses catastrophe environnementales de la mine de Goro cela donnera du contexte au super projet super écolo d’EMME.
Pour nous vendre cette usine, la société EMME nous parle donc d’indépendance dans la fabrication de batteries de moteurs électriques, élément soi-disant indispensable à notre « souveraineté énergétique », terme à la mode. Sauf que, le 9 avril 2026, l’entreprise a dévoilé la liste de ses futurs partenaires et on est loin de la promesse initiale : Brazilian Nickel pour le minerai, Techmet pour le financement, les Suisses de BGN pour le négoce, les Allemands de Siemens pour l’automatisation et enfin du militaire pour les clients. On est loin des batteries pour vélo… Mais voyons tout ça en détail.
Brazilian Nickel compte extraire du minerai brésilien avec une méthode que l’on ne pourra pas qualifier d’écologique : « Baptisée « heap leaching », celle-ci consiste à disposer le minerai extrait en petites collines et à l’asperger d’acide pour en retirer progressivement le contenu métallique ». L’entreprise Brésilienne dispose du même soutien que nos petits génies français avec Techmet, sorte de fonds d’investissement en « terres rares » basé aux États-Unis. Pour la souveraineté on repassera. Nos amis Suisses se chargeront de la fourniture en MHP (Mixed Hydroxide Precipitate), produit intermédiaire hautement toxique et les Allemands de Siemens proposerons de l’automatisation par IA parce-que… Pourquoi pas.
En résumé, le plan est d’arroser des espaces naturels Brésiliens et Calédonien d’acide, de transporter le résultat par bateau sur plusieurs dizaines de milliers de kilomètres (ils devraient demander de l’aide à Flying Whales…) jusqu’en Gironde, de transformer tout ça dans une usine Seveso placé en zone inondable et de livrer le tout à des fabricants d’armes. Si ce scénario vous fait rêver et que la vision d’une usine ressemblant à une cage géante ne vous rebute pas, vous pouvez déménager à Parempuyre et changer de page web. Sinon, rejoignez les initiatives du collectif du bois vert qui lutte contre ce projet absurde depuis deux ans, participez aux mobilisations contre ce projet écocidaire et colonial et dites non partout où vous le pourrez.
EMME casse-toi ton usine on en veut pas !
Image d’illustration : « étincelle électrique directe » d’Étienne-Léopold Trouvelot. 1885

